La formation en conservation du patrimoine culturel regroupe plusieurs voies distinctes : le concours de conservateur préparé après une licence ou un master d'histoire de l'art, d'archéologie ou d'archives, le diplôme de restaurateur du patrimoine de l'Institut national du patrimoine, les concours de la fonction publique territoriale et les masters de gestion du patrimoine. Chaque voie mène à un métier précis, avec ses propres exigences.
Trois portes d'entrée, pas une seule. Le conservateur du patrimoine passe un concours national puis suit dix-huit mois de formation à l'Institut national du patrimoine (INP). Le restaurateur du patrimoine suit un cursus de cinq ans au grade de master, à l'INP ou dans quelques écoles et universités habilitées. Les autres professionnels du patrimoine (attachés, assistants, médiateurs, guides) passent par un master, une licence professionnelle ou un concours territorial.
Les métiers du patrimoine et la formation qui y mène
Avant de choisir une école, il faut savoir quel métier on vise, car le patrimoine culturel ne forme pas un bloc unique. Un conservateur dirige des collections ou un service d'archives, un restaurateur intervient physiquement sur les œuvres, un attaché de conservation gère un établissement territorial, un médiateur conçoit les visites et les ateliers pour le public. Les professionnels du patrimoine partagent une culture commune (histoire de l'art, archéologie, droit du patrimoine), mais leurs diplômes divergent dès la licence.
Le tableau suivant croise les principaux métiers avec la formation initiale attendue et le mode de recrutement. Il sert de point de départ : chaque ligne est détaillée plus bas.
| Métier | Formation initiale habituelle | Accès à l'emploi |
|---|---|---|
| Conservateur du patrimoine (État ou territorial) | Licence au minimum, master le plus souvent (histoire de l'art, archéologie, histoire, sciences) | Concours de l'INP, puis dix-huit mois de formation d'application |
| Restaurateur du patrimoine | Cursus de cinq ans au grade de master (INP, Paris 1, écoles d'art habilitées) | Exercice libéral ou atelier, habilitation pour les collections des musées de France |
| Attaché territorial de conservation | Licence ou master du patrimoine, de l'histoire de l'art ou des archives | Concours de catégorie A de la fonction publique territoriale |
| Assistant de conservation | Bac+2 ou licence, licence professionnelle des métiers du patrimoine | Concours de catégorie B de la fonction publique territoriale |
| Archiviste, documentaliste patrimonial | Master archives, École nationale des chartes | Concours ou contrat dans un service d'archives |
| Médiateur, guide-conférencier | Licence professionnelle ou master de valorisation du patrimoine | Contrat, carte professionnelle de guide-conférencier |
Comment devenir conservateur du patrimoine ?
Pour devenir conservateur, il faut réussir le concours organisé par l'Institut national du patrimoine, établissement d'enseignement supérieur placé sous la tutelle du ministère de la Culture. Le concours externe est ouvert aux titulaires d'au moins une licence ; dans les faits, la grande majorité des lauréats ont un master, souvent complété par une année de préparation. Un même concours recrute les conservateurs de l'État et les conservateurs territoriaux, dans cinq spécialités.
Les cinq spécialités du concours
- Archéologie : services régionaux de l'archéologie, musées archéologiques, recherche de terrain et conservation du mobilier issu des fouilles.
- Archives : archives nationales, départementales et municipales, collecte et conservation des fonds publics et privés.
- Monuments historiques et inventaire : protection et étude du patrimoine bâti, inventaire général du patrimoine culturel dans les régions.
- Musées : gestion, étude et enrichissement des collections, expositions, politique des publics.
- Patrimoine scientifique, technique et naturel : muséums, collections scientifiques et techniques, jardins botaniques.
Le déroulement de la formation des élèves conservateurs
Après le concours, l'élève conservateur suit dix-huit mois de formation rémunérée à l'INP. Le programme alterne cours théoriques (droit du patrimoine, gestion administrative, management, conservation préventive), stages pratiques dans des institutions en France et à l'étranger, et travaux scientifiques sous la forme d'un mémoire. Les conservateurs territoriaux suivent en parallèle une partie de leur cursus avec l'Institut national des études territoriales (INET), rattaché au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). À la sortie, le conservateur de l'État est affecté dans un service national ou déconcentré ; le conservateur territorial est inscrit sur une liste d'aptitude et doit trouver lui-même un poste dans une collectivité.
Où préparer le concours de conservateur ?
Plusieurs établissements proposent une préparation : l'École du Louvre, l'École nationale des chartes pour la spécialité archives, plusieurs universités en histoire de l'art et archéologie, et la classe préparatoire intégrée de l'INP, réservée à des étudiants sélectionnés sur critères sociaux et de mérite. La préparation dure en général une année et porte sur la dissertation d'histoire, l'histoire de l'art et de l'archéologie, le droit et les institutions, une langue vivante et l'oral de motivation. Le nombre de postes ouverts chaque année est réduit et varie selon les spécialités : la sélection est forte, et beaucoup de candidats passent le concours plusieurs fois.
Restauration du patrimoine : un diplôme à part
La restauration des biens culturels relève d'une formation distincte de celle du conservateur. Le restaurateur du patrimoine intervient directement sur l'objet : nettoyage, consolidation, traitement des altérations, documentation de chaque geste. Pour travailler sur les collections des musées de France, le Code du patrimoine exige une qualification reconnue, ce qui limite l'accès à quelques cursus.
Le département des restaurateurs de l'INP délivre le diplôme de restaurateur du patrimoine, conférant le grade de master, au terme de cinq années d'études. L'entrée se fait sur concours, avec des épreuves de dessin, d'histoire de l'art, de sciences et de pratique manuelle. Le cursus couvre plusieurs spécialités : arts du feu (céramique, verre, métal), arts graphiques et livre, arts textiles, mobilier, peinture, photographie et sculpture. Les élèves présentent en fin de parcours un mémoire de diplôme fondé sur le traitement complet d'une œuvre, consultable par les professionnels de la conservation et de la restauration.
D'autres formations mènent au même niveau de qualification : le master conservation-restauration des biens culturels de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et les cursus de conservation-restauration de certaines écoles supérieures d'art publiques, notamment l'École supérieure d'art d'Avignon et l'école TALM à Tours (conservation-restauration des œuvres sculptées), qui délivrent un DNSEP option conservation-restauration. Le département des restaurateurs de l'INP est installé à Aubervilliers, rue Henri-Barbusse, et la scolarité y alterne ateliers, laboratoire et stages. La Fédération française des conservateurs-restaurateurs (FFCR) publie des informations sur ces diplômes et sur l'exercice du métier, majoritairement en indépendant ou en atelier. Les formations aux métiers d'art (ébénisterie, dorure, reliure) forment quant à elles des artisans d'art, utiles au patrimoine, mais qui n'ouvrent pas le titre de restaurateur au sens du Code du patrimoine ; elles sont présentées sur notre page consacrée à la formation aux métiers d'art du CAP au DN MADE.
Les concours de la fonction publique territoriale
Une grande partie des emplois du patrimoine se trouve dans les collectivités : musées municipaux, archives départementales, services patrimoniaux des villes et des régions. La filière culturelle de la fonction publique territoriale y recrute à trois niveaux, par des concours organisés par les centres de gestion, le CNFPT assurant ensuite la formation des lauréats.
| Cadre d'emplois | Catégorie | Missions principales |
|---|---|---|
| Conservateur territorial du patrimoine | A+ | Direction d'un musée, d'un service d'archives ou d'un service patrimonial |
| Attaché territorial de conservation du patrimoine | A | Gestion des collections, étude scientifique, direction d'un petit établissement |
| Assistant territorial de conservation du patrimoine | B | Inventaire, régie des œuvres, accueil des chercheurs, actions éducatives |
| Adjoint territorial du patrimoine | C | Accueil du public, surveillance des salles, magasinage |
Les épreuves écrites portent sur l'histoire de l'art et du patrimoine, les politiques culturelles, l'organisation des collectivités et une note de synthèse ; l'oral évalue la connaissance du terrain et la motivation. Le concours d'attaché comporte des spécialités proches de celles de l'INP (archéologie, archives, inventaire, musées, patrimoine scientifique, technique et naturel). Un lauréat est inscrit sur une liste d'aptitude valable plusieurs années et doit candidater auprès des collectivités qui recrutent. Des préparations existent en université, au CNFPT pour les agents déjà en poste, et à distance, notamment au CNED.
Quels diplômes pour travailler dans le patrimoine ?
Hors concours, le niveau d'études attendu par les employeurs du secteur est élevé. La plupart des postes de gestion et de valorisation du patrimoine sont pourvus à bac+5, et la licence sert surtout de socle.
Licences et premiers cycles
La licence d'histoire de l'art et archéologie reste la voie la plus fréquente, suivie de la licence d'histoire. Le premier cycle de l'École du Louvre, accessible sur concours après le bac, forme à l'histoire de l'art à partir des collections. Les licences professionnelles du champ des métiers de la culture et du patrimoine (valorisation du patrimoine, guide-conférencier, gestion des collections) préparent en un an, après un bac+2, à des emplois d'assistant ou de médiateur. Il n'existe pas de BTS consacré aux métiers du patrimoine : à bac+2, le BTS tourisme ou un DN MADE en métiers d'art sont les voies les plus proches, avant une poursuite d'études.
Masters spécialisés
Les universités proposent des masters patrimoine et musées, des masters archives, des masters d'archéologie et des masters de gestion du patrimoine culturel, souvent avec un stage long en milieu professionnel et des projets tuteurés menés avec une institution. Le master de l'École du Louvre et le diplôme d'archiviste paléographe de l'École nationale des chartes préparent aussi aux concours. Pour un parcours orienté vers l'administration des structures culturelles plutôt que vers l'étude des collections, le master gestion culturelle et ses parcours est une autre option, avec des débouchés dans les festivals, les lieux de spectacle et les collectivités.
Le grade de master compte : il donne accès aux concours de catégorie A et au doctorat, indispensable pour les carrières de recherche en archéologie ou en histoire de l'art au CNRS et à l'université : un docteur peut ensuite rejoindre une équipe de recherche liée à un musée ou à un service d'archives. Un étudiant titulaire d'une licence en histoire peut aussi bifurquer vers un master en conservation préventive, à condition de construire son dossier autour de stages dans le secteur du patrimoine. Un diplôme d'études en conservation obtenu à l'étranger peut être reconnu, mais la reconnaissance se demande au cas par cas.
Quelles compétences pour travailler dans le patrimoine ?
Les jurys de concours et les recruteurs cherchent un mélange de connaissances scientifiques et de compétences de gestion. La connaissance du patrimoine (histoire de l'art, histoire, archéologie, sciences des matériaux pour les restaurateurs) reste le socle. Viennent ensuite les techniques de conservation préventive : contrôle du climat et de la lumière, manipulation des œuvres, plans de sauvegarde en cas de sinistre, conditionnement des collections en réserve.
Le versant administratif pèse de plus en plus : droit du patrimoine et des marchés publics, gestion d'un budget, encadrement d'une équipe, montage de projets avec des partenaires. Le rapport au public complète ce portrait. Un conservateur ou un attaché doit savoir concevoir une exposition, travailler avec un service des publics et défendre un projet auprès des élus. Les compétences de valorisation du patrimoine rapprochent ainsi ces métiers de la médiation : pour ceux que le contact avec les visiteurs attire davantage que l'étude des collections, la formation de médiateur culturel du bac+2 au master est une piste à comparer.
Enfin, le numérique s'est installé dans tous les services : bases de données d'inventaire, numérisation des archives, diffusion des collections en ligne. Une maîtrise des outils de gestion de l'information documentaire est désormais attendue, y compris des profils les plus scientifiques.
Formation continue et reconversion vers le patrimoine
La formation initiale n'est pas la seule voie. Les agents publics déjà en poste peuvent accéder aux métiers du patrimoine par les concours internes, ouverts après plusieurs années de service, ou par la promotion interne. L'INP propose une offre de formation permanente destinée aux professionnels en activité : sessions courtes sur la conservation préventive, la gestion des collections, le droit, la restauration de matériaux particuliers. Le CNFPT organise des formations similaires pour les agents territoriaux, et le ministère de la Culture forme ses propres agents.
Pour une reconversion, la formation à distance permet de préparer un concours ou un diplôme universitaire sans quitter son emploi. Plusieurs universités ouvrent des diplômes universitaires et des masters en enseignement à distance dans le domaine du patrimoine, et le CNED prépare à certains concours de la filière culturelle. Une formation courte spécialisée (inventaire, régie des œuvres, conservation préventive) complète utilement un profil venu d'un autre secteur. Les candidats en situation de handicap peuvent demander des aménagements d'épreuves aux concours comme aux examens, et certains emplois publics leur sont accessibles par recrutement contractuel spécifique. La validation des acquis de l'expérience (VAE) reste possible pour certains diplômes universitaires, mais pas pour le diplôme de restaurateur du patrimoine de l'INP, qui suppose un cursus complet.
Se préparer tôt : stages, bénévolat et orientation
Quelle que soit la voie, l'expérience de terrain fait la différence devant un jury. Les stages en musée, en service d'archives ou sur un chantier de fouilles archéologiques s'obtiennent dès la licence et se multiplient en master. Le bénévolat lors des Journées européennes du patrimoine, dans une association de sauvegarde ou sur un chantier de restauration de monument permet de découvrir le métier avant de s'engager dans une longue formation. Protéger cet héritage commun suppose aussi de s'intéresser à la recherche en cours : publications des musées, rapports de fouilles, colloques ouverts aux étudiants sur une période donnée.
Le choix se fait idéalement dès la fin du lycée : un élève attiré par la restauration doit savoir que les concours d'entrée testent la pratique manuelle et les sciences, alors que la voie du conservateur passe d'abord par l'histoire de l'art à l'université ou à l'École du Louvre. Le panorama des voies post-bac en arts et culture aide à situer ces cursus parmi les autres formations du secteur.
Conservation du patrimoine : les points qui reviennent avant de s'inscrire
Faut-il un master pour passer le concours de conservateur du patrimoine ?
Non, le concours externe de l'INP est ouvert dès la licence. Dans les faits, la plupart des lauréats ont un master et une année de préparation, car les épreuves supposent une culture scientifique approfondie dans la spécialité choisie.
Conservateur et restaurateur du patrimoine, est-ce la même formation ?
Non. Le conservateur étudie, gère et protège les collections après un concours et dix-huit mois à l'INP ; le restaurateur intervient matériellement sur les œuvres après un cursus de cinq ans au grade de master, à l'INP, à Paris 1 ou dans une école d'art habilitée.
Peut-on travailler dans le patrimoine sans passer de concours ?
Oui, en contrat dans une collectivité ou un établissement public, dans une fondation, une association, une entreprise de restauration ou comme guide-conférencier. Les postes de titulaire et les fonctions de direction de la fonction publique restent toutefois réservés aux lauréats des concours.
